Répertoire Québec Nature
Les collemboles

Jolies bestioles

Tout comme moi, vous en avez peut-être déjà vus sans trop savoir ce que c'était. On en voit même sur la neige en plein hiver, certains les appellent alors les puces des neiges. Mais qui sont ces minuscules bestioles?

collemboles

Je les ai véritablement découvertes lorsque j'ai commencé l'étude des bryophytes. En effet, à regarder nos échantillons de mousses sous la loupe binoculaire, on remarque rapidement qu'il y a toute une belle petite faune qui apparaît sous nos yeux. Il y a de minuscules vers transparents, d'autres organismes transparents à l'aspect étrange comme les rotifers ou encore les tardigrades, des acariens rouges vifs et... Les collemboles!

Même si les collemboles ont six pattes, ils ne sont pas considérés comme des insectes. Ils ont été classés à part il y a quelques temps. Ils ne passent pas par le stade larvaire et ils n'ont jamais d'ailes pour ne nommer que ces différences.

En anglais, on les nomme "springtail", car ils sont munis d'un appendice fourchu replié sous le corps. En présence d'un danger, cet appendice agit comme un puissant ressort et propulse le collembole très loin.

Ils ont une peau spéciale totalement imperméable.

Les collemboles sont prédatés par des arachnides dont les petits acariens rouges vifs, les pseudoscorpions ainsi que les araignées-loups (famille des Lycosidae).

Ils se nourrissent de champignons, de spores et de matière organique en décomposition. On en trouve deux formes. D'abord, il y a ceux à forme allongée. Ils sont vifs, se déplacent beaucoup et rapidement, ils sont abondants, très abondants, si bien que ce sont les plus faciles à observer. Jugez-en par vous même sur ces images :


collemboles

Charlesbourg, 29 mars 2013, sur une souche tronçonnée de Hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia) avec le champignon Arachnopeziza trabinelloides (non confirmé).

collemboles

Beaupré, 19 avril 2015, sur le tronc couché d'un Sapin baumier (Abies balsamea) mort avec le champignon Nectria balsamea (non confirmé).

La deuxième forme s'observe plus facilement sous le binoculaire. Ces collemboles sont plus courts, ont l'abdomen rebondi et sont lents. Ils bougent peu, on les voit brouter sur les bryophytes, comme des vaches qui ruminent tranquillement au champ!


Une étude publiée en 2012 met en lumière la relation particulière entre les collemboles et les mousses

C'est connu, les mousses ont besoin de l'eau pour la reproduction. Les spermatozoïdes doivent nager des plantes mâles vers les plantes femelles. Mais voilà, cette étude démontre que les mousses dégagent des « parfums » qui attirent les collemboles, les plantes femelles en produiraient trois fois plus que les plantes mâles. Suite à la découverte de ces effluves, les chercheurs ont cultivé des mousses très communes (Ceratodon purpureus et Bryum argenteum) dans des environnements contrôlés : c'est-à-dire avec ou sans collemboles et avec ou sans vaporisation d'eau. Ils ont ainsi pu mesurer le succès de reproduction des mousses.

Les résultats démontrent que les collemboles joueraient un rôle dans la reproduction des mousses en transportant les spermatozoïdes.

Un mystère persiste toutefois : qu'est-ce que les collemboles retirent de cette interaction? L'insecte qui butine le nectar d'une fleur est gagnant puisqu'il se nourrit tout en contribuant à la dispersion du pollen, mais à première vue, la relation mousse-collembole est plutôt à sens unique!

Voici un texte (en anglais) qui résume bien cette découverte :

To get sperm, female mosses attract microarthropods with sexy smells


Anecdote de terrain

Le 19 avril 2015, comme la neige avait pas mal fondu au courant de la semaine dans ma région, je me décide à aller visiter des populations de Buxbaumia aphylla, une petite mousse que j'étudie depuis 2013. Installé à quatre pattes, la tête près du sol pour essayer de repérer les sporophytes, j'entends un bruit inattendu.

Je suis en plein bois, il n'y a pas de vent, j'ai les genoux dans la mousse et il y a quelques feuilles mortes à ma gauche à quelques centimètres de mon visage. Le son que j'entends me fait penser à du sable projeté par le vent et qui tomberait sur les feuilles mortes. Mais du vent, il n'y en a pas! Pas de sable non plus dans les environs, pas de sable assez sec en tous cas pour être soulevé par une quelconque brise.

Je regarde attentivement les feuilles... C'est plein, tout plein de collemboles qui sautent et retombent sur les feuilles. Il y en a tellement que ce sont ces étonnantes petites bestioles qui font ce bruit!

Ça peu sembler banal, mais ça illustre à quel point les collemboles peuvent être abondants.



Pour en savoir plus :
Hyperliens

Espace pour la vie, Montréal. Le collembole.

L'incroyable peau du collembole lui permet de rester au sec et propre en toute circonstances

Nouveau record pour la plus profondes des créatures terrestres

Comment le collembole gère son accouplement à distance

Documents

Les collemboles : organismes du compost, lombricompost et du sol

Le collembole nivicole ou « puce des neiges »

La biodiversité des collemboles et les débris ligneux après-coupe

Liste des espèces de collemboles du Québec

   © Répertoire Québec Nature, 2013 - 2017 Hébergement  web au Québec chez Astral Internet